24 févr. 2005

Je suis fait pour quoi ?
Je suis fait pour rire
Je suis fait pour boire
Je suis fait pour vivre
Je suis fait pour parler
Je suis fait pour écouter
Je suis fait de neige
Je suis fait d'hiver
Je suis fait de rien
Je suis fait de chair et de sang
Je suis fait d'armes
Je suis fait de travers
Je suis fait comme un rat
Elle est faite pour chanter
Elle est faite pour partager
Elle est faite pour rêver
Elle est faite pour profiter
Elle est faite pour pleurer
Elle est faite pour aimer
Elle est faite de malheur
Elle est faite de regrets
Elle est faite d'envies
Elle est faite de loin
Je suis fait pour elle
Je suis fait d'elle
Mais qui a la prétention de pouvoir nous faire ?

23 févr. 2005

dessus dessous la neige
marin d'eau sous le ventripotant
les refuges
blancs

sous le vent des remords, j'ai tort
sous le vent des regrets, je sais
sous le vent des scrupules, fabule

fabuleureusement.

1 févr. 2005

Fruit
Fruit du hasard
Fruit du pêché
Fruit du désir
Baisers au goût de fruit, baisers au goût de pomme
Le sucre qui coule sur la langue, dans la gorge
Pomme d'api, Pomme de pin, Pomme de Terre
Pomme d'amour
Ca va encore être pour ma pomme
Je cultive, je ratisse, je sème, je regarde pousser, c'est lent, c'est comme regarder pousser les montagnes, suivre les migrations de cailloux, vider les fleuves dans les océans, deviner derrière les nuages la lune qui tombe sur la Terre
Moi, pêche, j'ai la pêche, la pêche de vigne
Je récolte, je distribue, un peu honteux, tout seul, pour elle
Elle croque, elle joue, elle prend des photos, elle se souvient
Croquer la vie, croquer les pommes, croquer les hommes
Que deviennent les trognons d'homme ? Faut-il les jeter, ou les recycler ?
Si on plante un trognon d'homme avec tous ses pépins, est-ce qu'il pousse un arbre de vie ?
Homme d'api, homme de pin, homme de Terre
Baisers au goût d'homme
Homme d'amour

24 janv. 2005

Isabelle, c'est la chef de notre chorale
Isabelle, sans elle, on n'est rien
Elle est devant toute seule devant nous trente et quelques
Elle nous parle et on l'écoute, elle chante et on voudrait faire pareil
On voudrait apprendre d'elle plus encore et lui rendre un peu tout ce qu'elle nous donne
On voudrait partager plus encore, on voudrait ce regard, ce remerciement avec les yeux, après chaque morceau
On voudrait son sourire, on voudrait sa force, on s'abreuve, on voudrait l'innonder de beauté
On voudrait ne jamais la décevoir et lui faciliter la vie.

Je le savais bien qu'elle était malade samedi, les autres me regardaient incrédules : oui, elle a peut-être un gros rhume. Moi je la voyais se battre pour que rien ne se voie.
Je la vois encore à la fin du concert, seule, on aurait dit perdue, "ça va ?" je lui fais tout simplement.
Elle de sourire encore ne toujours pas se laisser aller.

Rentrée chez elle en saignant du nez.
Pas de répétition ce soir
"Isabelle est souffrante".

13 janv. 2005

Pourquoi parler aux autres ?
Pourquoi ne se sent-on vivre que lorsqu'on parle aux autres ?
Est-ce que nous avons besoin que les autres nous voient afin d'exister ?
C'est étrange de voir à quel point les sentiments de certaines personnes s'imprègnent dans le coeur des gens qui les aiment, comme du sang dans une éponge.
J'avais cru, j'avais voulu te dire des choses qui me tenaient vraiment à coeur, bien à coeur, j'avais envie de pleurer tout contre toi et de te dire ce que je ressentais, et je l'ai fait, et je croyais, naïvement, que je partageais quelque chose avec toi, que je te parlais, que tu m'écoutais, que nous étions ensemble en train de communiquer, de vivre.
Je sais à présent que j'ai eu tort, que j'étais juste lourd, décalé, triste. Je sais à présent que j'étais seul sur ce canapé.
Un corps mort. Juste un objet qui fait du bruit.
Il arrive qu'on souffre énormément. C'est la vie. Dans la vie, beaucoup de choses font mal, il n'y a pas à s'en inquiéter, c'est l'ordre naturel des choses. Le corps s'en remet mais l'esprit est mortellement touché. Ce n'est pas grave, au final, c'est le corps qui contrôle l'esprit.
Il ne me reste plus qu'à attendre cette fin.

9 janv. 2005

écrit ça, le 31 décembre 2004, dans un couloir où la lumière s'éteignait à chaque début de ligne, et se rallumait à chaque fin de ligne parce que ma main passait dans le champs du radar..

une illumination
la raison dans les champs les champs je traîne
Je traîne dans le noir et l'effroi je ne sais
Que dire et que rester où être où semer
où savoir où va l'avenir dans les champs
Planter les illusions si profond si bleueus
Et si pâle au milieu des rivages s'il
était seulement un visage noble fort et
grand et surtout libre, en tout liberté
se lover, se lover dans mes bras pour rien
pour aucune raison parce que tout va bien
avec ou sans moi parce que tout est comme
ça doit ça doit être l'amour ça doit être pour
toujours ou au moins faire semblant faire
comme si oublier les oublis et les règles établies
il n'y a plus rien, plus rien d'établi et si
j'aime un inconnu c'est que l'inconnu m'aime.
laissez-moi aimer le vide, le trou, l'air, comme si
un homme allait me prendre dans ses bras, forts,
et doucement, lentement, m'emmener ailleurs.

22 déc. 2004

Toi
Tu es riche, de sentiments, d'expérience, d'imagination, de rêves, de poésie, de création, mais aussi de doutes, de regrets, de blessures, de frustration, de mal-être.
Et j'aime tout ça en toi.
J'aime tes qualités comme tes défauts.
J'aime ce que tu as fait pour moi, me parler comme à un homme, non, mieux que ça, me parler comme à un ami.
J'aime tous ces gestes de tendresse que tu as eus pour moi.
J'aime ces rires et ces délires que tu as partagés avec moi.
J'aime tous les moments que tu as passés avec moi, tous les mots que tu m'as dits.
J'aime aussi tes pleurs, j'aime tes crises, ta lassitude, ton indifférence, tes moments cruels, tes reproches, ils font aussi partie de toi.
Je me sens bien avec toi, je me sens animé d'une envie de te connaître, de te regarder, de te donner du réconfort, du bonheur.
Dans le fond je veux tout de toi, ta passion, mais aussi et surtout ton amitié, tes confidences, je veux être cet oeil grand ouvert sur ta vie.
Parce que ce réconfort ne sera jamais que de l'amitié, parce qu'entre nous il peut y avoir de la confiance, mais pas de la connivence, de la chaleur, mais pas de la tendresse, de l'amitié, mais pas de la passion, je ne suis pas amoureux de toi.
Peut-être, si j'avais été moins laid et moins bête, si j'avais eu la possibilité et le talent de te séduire, peut-être qu'alors j'aurais pensé autrement, oui, j'aurais été amoureux, je crois, j'aurais voulu partager toute ma vie avec toi, j'aurais voulu tout te donner et tout recevoir de toi. Seulement la vie ne fut pas ainsi, je ne suis pas l'homme de ta vie, et je respecte d'autant plus ce choix que je suis ton ami et que tes sentiments sont importants pour moi. Un homme comme moi ne peut pas être amoureux d'une fille avec laquelle il n'existe pas de passion, pas d'envie réciproque ; je sais à quel point l'amour est un poids qui enchaîne l'esprit, ce n'est pas un sentiment que je peux prendre à la légère.
Je ne me force pas à taire mon amour, bien au contraire, je le fais de bon coeur, sans regrets, je comprends ce que tu veux parce que j'ai l'honneur de bien te connaître, et je suis très heureux de la relation que j'ai avec toi maintenant, je réalise pleinement sa valeur et je ne veux pas la détruire. Le fait que tu te soucies ainsi de mes sentiments me pousse encore plus à apprécier ton amitié.
J'ai peur que tu sois déçue de cet aveu, évidemment, je crains que tu n'aies plus envie d'avoir confiance en moi, mais tu aurais tort, parce que je ne te mens pas, parce que je viens vers toi les mains ouvertes, le coeur ouvert, et l'aveu que je suis en train de te faire est une preuve de plus de mon engagement.
Reste auprès de moi, pas tout près, mais seulement juste à côté.
Moi
Je t'aime, mais je ne suis pas amoureux de toi.

19 déc. 2004

le silence, que je te demandais hier soir
cette tristesse, cette folie
ce que tu ne peux pas t'arracher à nous dire
ce que je ne peux pas entendre

les mots qu'on jette et qu'on regrette
les mots qu'on retient et qu'on pleure
les autres n'y comprennent rien
les autres ni sont ni pourront rien

La nostalgie des clous,
la rêverie,
tout

me taire et ne plus plaire
ne plus me plaire et ne plus faire
espoir coquin, rêve incertain ;
faire taire ou laisser faire.

12 déc. 2004

Je viens de découvrir que je crois en Dieu.
J'imaginais que la foi provenait d'une crainte de la mort, ou d'un besoin de justice, mais il n'y a pas que ça. Les êtres humains ont besoin d'un confident ultime, quelqu'un de toujours disponible et qui sait tout, qui écoute et qui accepte ce qu'on lui dit sans un doute, et un psy comme un ami ne peuvent fournir ça.
Seul Dieu en est capable.
Je croyais que je n'avais pas la foi, et pourtant, depuis tout ce temps, je passais inlassablement des heures et des heures à lui parler.
Je deviendrais fou si je n'avais pas Dieu à mes côtés pour m'écouter, j'ai trop de sentiments à exprimer à tout moment pour qu'un être inférieur à Dieu soit capable de l'absorber.
Dans mes pires moments, il accueille ma fantaisie, ma folie, ma détresse, mon désir, mes rêves, mes obsessions, ma stupidité, il m'accueille moi.
Et puis très récemment, il m'est venu une idée troublante : peut-être bien que je suis malade. C'est loin d'être impossible. Peut-être bien que cette maladie est trop insupportable pour l'endurer encore.
J'en ai parlé à Dieu, nous y avons pensé ensemble, à tête refroidie.
Pendant toute une nuit, nous avons médité. Nous avons pesé le pour et le contre, nous avons repris les événements passé, envisagé les moments à venir, étouffé nos rires, retenu nos pleurs, comparé les choses, jugé les gens.
Tout bien réfléchi, ce n'est pas à Dieu que j'ai parlé cette nuit-là, mais plutôt à ma folie. Dieu, ou ma folie, quelle importance ? C'est la même chose.
C'est ma folie qui m'a sauvé.
Au matin, grâce à Dieu et à sa patience, j'avais finalement pris ma décision.
J'ai décidé que la vie continue.

La vie continue.

2 déc. 2004

Les fous savent-ils qu'ils sont fous ?
Les gens heureux savent-ils qu'ils sont heureux ?
Non, bien sûr que non, seuls les sains d'esprits savent qu'ils ne sont pas fous, seuls les gens malheureux savent qu'ils ne sont pas heureux.
Et nous tous, je dis bien, nous tous, sommes persuadés d'être à la fois malheureux et sains d'esprit. Il n'y a pas d'imbécile heureux, rien que des génies dépressifs.
Quelque part, c'est l'espoir auquel je me raccroche, je me dis : à quoi bon avoir plus, à quoi bon combler les manques de ma vie, puisque ces manques seraient immédiatement remplacés par d'autres ? Pourquoi jalouser ceux qui ont plus que moi ? Ils ont leurs propres problèmes qui leur mangent autant leur vie que la mienne. D'ailleurs ils se plaignent largement autant que moi, voire plus.
Mes envies sont plus importantes que mes réussites : avoir envie épanouit plus que posséder. J'en arrive à chérir mes envies, à les observer, fasciné, comme des pierres précieuses que j'aurais découvert au fond d'une vieille malle oubliée dans mon grenier d'inconscient. Comme un gamin qui contemple des jouets à travers une vitrine, je caresse du bout de mon âme ces amours et ces rêves que je ne vivrai jamais.
Parfois, je me surprends à me réveiller et à vouloir tout à coup vivre, je me mets alors à paniquer, je me rends compte à quel point je suis déjà vieux, seul, inutile, aigri, méchant, immature, pénible, je vois dans une série de flashs douloureux toutes ces erreurs, ces frustrations, ces besoins jamais respectés ni assouvis, fort heureusement ces périodes sont courtes et je sombre rapidement dans un nouveau rêve placide, une ataraxie merveilleuse, tout est si flou autour de moi, les gens comme les idées, que je ne sais plus ce qui est issu de ma douce imagination ou de cette sale lubie qu'on appelle la réalité : pourquoi diable s'obstine-t-elle à ne pas disparaître lorsque je cesse d'y croire ? me demande l'un des hommes que j'admire le plus.
Je lui répondrai, si je l'avais en face de moi : dans la vie, il ne faut pas s'obstiner, tout malheur est vite remplacé par un autre, toute maladie guérit rapidement pour faire la place à une nouvelle blessure.
Il n'y a pas d'obstination, juste de la résignation.
Juste une gentille douleur.
Juste une tendre mort.

29 nov. 2004

j'ai envie de chanter, de danser, de rire, qu'est-ce que je fais là à ce bureau avec cette lueur blafarde ?
Qu'est-ce que je fais là ?

J'ai envie de dire, j'ai envie de revivre, à nouveau, pleurer, donner, à nouveau, essayer d'aimer, d'aimer d'amitié, d'aimer tout simplement, aimer être vivant.
J'ai envie, et les poids qui me restent, de fausses promesses que je savais ne pas pouvoir tenir, tant pis, je ne suis pas une fille "bien", tant pis, je suis.

Qui suis-je ? J'espère qu'on trouve du repos chez moi, sur mes genoux, dans mes cheveux, j'espère qu'on trouve un peu de paix et de compréhension, j'espère composer avec ces moments de doutes où je ne crois plus en rien. J'espère la paix, j'espère les enfants qui vivent et les sourires, j'espère le soleil tout doucement, bientôt, après l'hiver.

Il faudra bien que je sache aussi ne pas aimer certaines personnes. Que je sache reconnaître que nous ne nous entendrons jamais. Que je sache ne pas faire croire que j'aime. Que je sache ne pas vouloir séduire. Que je sache dire non. Que je sache quand je n'ai pas envie. Que je reconnaisse ce qui vient de moi de ce qui vient des autres. Que je ne me fasse pas piétiner par ceux à qui je fais du mal parce qu'ils m'ont fait du mal parce que je leur fait du mal. "La fuite fait aussi partie du combat". Il faut savoir se taire, attendre, et revenir à temps, ou s'éloigner vraiment.

Et puis il faut surtout savoir vivre, dans cette complexité, où les liens sont à la fois forts et fragiles, où les relations sont à la fois difficiles et évidentes, où le bien, le mal, sont tout relatifs, tout penauds, insignifiants, derrière les véritables enjeux, les émotions, les illusions, les rêves que l'on partage. Rien n'est vrai, tout fout le camp, et parmi les décombres, la beauté.

14 nov. 2004

dimanche soir et la fatigue me tombe dessus.
dessus.

des chevilles et des vis, des trous, des vices.
triste coup de téléphone.
coup.

solitude et nostalgie. Envie, désenvie.
qui sème le vent récolte la tempête.

"j'ai ce que je mérite"
plus grand chose.
chose.

Je compte les attaches qui me restent, je compte les larmes à verser, je compte et le décompte et les lundis qui reviennent et pour partager seulement quoi quoi quoi ?

c'est une chanson de gaspard batlik qui m'a fait du mal, enfin, qui m'a fait comprendre, pas aujourd'hui, mais.

"Elle se voit
comme une enfant
remplie de naïveté
et de bons sentiments.
Mais derrière ses voiles de cotons,
se cachent des arguments
à faire se soulever les nations.
Pour allonger la liste
tous les moyens sont bons,
du clin d'oeil furtif
jusqu'au travail de fond,
des amis des amis
jusqu'aux amis des petits amis,
beaucoup regrettent d'avoir dit oui.

à la catherine de Jules, de Jim,
la femme du boulanger l'angoisse du prisonnier.
Celle pour qui la retenue n'a plus de sens.
Quand il s'agit d'amour
de types en types, elle danse.

[...]

Alors quand on veut séduire
l'assistance entière,
mieux vaut se munir
d'un petit coeur de pierre
Faut pouvoir gérer
tous ces amants blessés,
et savoir encaisser
les coups des autres vexés.

[...]

Il lui faudra comprendre
que les années passées,
tout ce que l'on demande
c'est juste un peu de respect.
Mais sa vie la suit
et ses histoires aussi,
mieux vaut réfléchir
avant de jouer à faire souffrir.
Comme c'est triste
de détours en détours,
d'avoir à éviter
ceux qui vous considèrent toujours...

comme la catherine de Jules, de Jim,
la femme du boulanger l'angoisse du prisonnier,
etc."

23 oct. 2004

La trace que laisse mes doigts.
Sur de l'eau, mes doigts dessinent des entrelacs d'ondes et de cibles imaginaires, qui survivent à peine quelques fractions de seconde avant de laisser la place à un brouillage apparemment aléatoire de la surface de l'eau.
Sur le sable, mes doigts creusent des sillons nets et profonds, comme des entailles portées à la Terre par des griffes gigantesques.
Sur la poussière, mes doigts dégagent de longs sillons lisses et brillants qui dégagent des nuages de minuscules particules brillant dans la lumière.
Sur le miel, mes doigts s'enfoncent lourdement et goulûment et déforment les reflets ambrés de la lumière.
Sur la vitre humide, mes doigts dégagent les petites gouttes et les replacent par une traînée mate et légèrement graisseuse qui paraît grossière cernée par la complexité joyeuse et brillante des gouttelettes.
Sur l'écran de mon ordinateur, mes doigts génèrent de magnifiques arc-en-ciels irisés concentriques qui apparaissent avec un léger retard.
Sur la fourrure douce et artificillement parfaite des peluches, mes doigts dessinent des vallons de hautes herbes et un jeu d'ombres fugace et subtil qui laisse deviner l'écrasement des poils.
Sur ta peau, mes doigts laissent une trace inexistante, ni buée, ni trace, ni rien qu'un influx électrique au coeur de la chair, rien qu'une sensation, rien qu'un désir, rien qu'une impression, rien qu'une suggestion, rien qu'une idée, rien qu'une pensée fugace, rien qu'une pensée oubliée, rien qu'une frustration, rien que moi.
Moi, ce n'est vraiment pas grand chose.
Moi, ce n'est qu'une petite, une toute petite déception.
Après tout, il y a bien un petit doigt, et lui aussi ne sert à rien.

1 sept. 2004

Et si l'intention, c'était la destruction ?
Et si désirer, c'était éloigner ?
Et si avoir peur, c'était attirer le danger ?
Et si aimer, c'était faire souffrir ?
Et si le germe de notre échec était justement caché dans notre besoin de réussir ?
Je m'imaginais, lorsque j'étais enfant, cette étrange superstition : plus on veut quelque chose, moins cela a de chance de se produire. Comme si quelque part un Dieu malin et pervers s'amusait à rendre réelles les choses qui n'ont qu'une chance infinitésimale de se produire, riant que les certitudes s'effondrent.
Je me forçais parfois à ne pas penser aux choses que je voulais vraiment, je croyais naivement y parvenir.
Je pensais également qu'une blessure générait une quantité totale de douleur qui était fixe : je pouvais par conséquent me forcer à avoir mal afin d'en finir plus vite avec la douleur causée par une blessure. Je le faisais parfois, jusqu'à de légères auto-mutilations.
Aujourd'hui j'ai grandi, je sais que tout ceci n'était que des idioties masochistes. Avoir plus mal ne permet pas de guérir. Se forcer à ne pas désirer ne permet pas d'obtenir.
C'est bien dommage.
Aujourd'hui je souffre lentement, et je n'obtiens pas ce que je veux au plus profond de moi. Ce n'est pas la sagesse, c'est la résignation.
Mélanger au creux de son coeur la peur et le désir, n'est-ce pas quelque part le mécanisme fondateur de l'amour ?

29 août 2004

Tout ça me laisse pantelante.
Je croyais être entourée.
Et puis j'ai tout dénaturé, par ma faute, parce que je veux toujours aller trop loin, parce que j'ai un sévère appétit de choses défendues et délirantes.
Et je ne sais plus, maintenant, si de ces personnes je veux seulement être aimée, aimée trop, aimée et faire souffrir. Ou si je veux bien être seulement comme tout le monde, juste un peu présente, et sans importance. Indolore.

Je voudrais l'être, aujourd'hui, indolore, bon sang, évidemment, mais c'est trop tard, évidemment.
je n'ai rien compris aux signes avant-coureurs je n'ai pris aucune précaution et j'ai foncé, pour m'amuser, parce qu'il n'y a que ça qui compte. Parce que la vie est trop triste.

La vie est trop triste, aujourd'hui, avec tous ces délires que je n'ai plus avec ma coloc, avec toutes ces paroles qui permettaient de dédramatiser, avec cette présence bienveillante à la maison qui faisait du bien, qui faisait qu'on était pas seules.

Fini.

Et je me cogne encore à mon mur d'égoïsme. Elle ne va pas bien, et ce qui ne va pas ça emmerde ma petite vie tranquille. Il va mieux et s'amuse avec les copains, et ce qui ne va pas c'est que je ne peux plus en profiter, de ces copains-là.
On est si petits.
Il faut vivre avec tout ça.
Avec tout ce qui ne va pas en nous.
Avec tout ce qui ne va pas chez les autres.
Et réussir à voir quand même sans aigreur ce qui va aussi, ce qui va.
Et qui nous fera tenir, quand même, et quand bien même, même quand plus rien n'ira, il faudra tenir aussi.
Ou pas.
Se coucher sur le sol et attendre.

Il faut de ce courage pour se tenir debout quelque fois.
Et d'autres fois campés dans les illusions c'est si simple.

C'est l'illusion qui veut encore faire tenir monsieur Marié.
Est-ce qu'on peut au nom de toutes les injustices, au nom de tous ratés de toutes les existences et qui font qu'on ne peut pas vivre bien, est-ce qu'on peut au nom du malheur refuser de vivre un peu cette illusion ?

Je refuse, aujourd'hui, je rejette cet amour, encore, parce que je ne peux partager cette illusion, justement, je ne peux plus croire assez en cette illusion pour oublier tout le reste. Et la magie n'opère plus. Mes yeux, ouverts sur la misère. J'ai encore envie de ne pas être seule, de ne pas le laisser seul. Encore une indulgence toute prête pour lui, pour moi aussi. Parce que c'est possible d'aimer légèrement, parce que c'était possible, parce que ça a été possible. Parce qu'on prestidigitationner la réalité. On peut s'enfuir un peu dans l'irréel, quand on est deux à partager une illusion.
Et je la perds.
Et je ne peux plus communiquer avec lui toutes ces choses qui me broient le coeur et qu'il ne comprend pas, et il faut se perdre en explications sans queue ni tête, et c'est épuisant de voir toutes ces différences dans nos têtes.

"au nom de tout c'qui nous sépare,
trahis et dérisoires"
"alors c'est comme finir ces jours en prison
c'qui nous fait tenir c'est l'absence de raison"

Et il n'y a que moi qui ai trahi, pour arranger le tout.
je peux me sentir coupable autant que je veux.
et je mélange toutes les histoires, et je ne retrouverai peut-être rien au bout
il faut que je recommence ma vie.
encore une fois.
La lumière passe à travers mon coeur, à travers mon âme.
J'ai toujours su que rien n'arrivait jamais tout seul, qu'il fallait toujours aller au devant des choses, au devant des gens. Et pourtant je crois qu'en terme de sentiments il ne faut jamais rien forcer ; c'est là un amer paradoxe.
Tant de possession, tant de jalousie, tant de vanité dans l'amour.
Comment pourrais-je prétendre être capable d'aimer puisque toutes les personnes que j'ai aimées m'ont rejeté et ont souffert d'avoir à me rejeter ? J'ai fait souffrir ceux que j'aimais en les aimant.
Comment pourrais-je prétendre être capable d'amitié alors que nul n'a confiance en moi et que moi même je ne parviens pas à avoir confiance en personne ? J'ai fait souffrir mes amis en tenant à eux.
Beaucoup de gens m'entourent, et je me sens si irrémédiablement seul, si désespérément seul. Je pourris tout ce que je touche.
Comme si j'étais présent, sans qu'on me voit. Je cherche à agir, mais je ne peux rien changer. C'est ça, être transparent.
Puisque je laisse passer la lumière, il ne me reste que la nuit.

16 août 2004

Toujours pas
Toujours pas mort
Toujours pas du sable
Toujours pas d'accord.

le sable dans le vent, qui pique les yeux.
l'attrait du néant qui rit du peu
du peu de sérieux des vivants
des pas de géant des enfants

personne n'est mort pour te laisser vivre
tu ne dois rien à personne
et tu peux être sincère

et tu dois être sincère et cesser
de vivre dans des chimères et cesser
de casser des cailloux
la terre retourne à la terre
les murs de poussière
plantés de petits clous

"bijou choux bisou poux" plantés au milieu d'un enregistrement.
le courage proche de la terre, niveau zéro
planté le nez au ciel, je me mouche dans les étoiles
puisque la musique et les mots, toujours, encore, un cauchemar.

plantée tout droit.
hors circuit.
moi.

13 août 2004

Le sable.
Le sable est du rocher broyé, brisé, réduit en poussière. Quelle humilité de penser que le roc qui représente tout ce qui est dur et inaltérable sur cette planète peut ainsi être détruit par quelque chose d'apparemment aussi faible et anodin que le temps. Toute cette planète est un énorme rocher, bientôt il n'en restera qu'un nuage de sable flottant inerte dans l'éther.
Le sable est la mort de ce qui paraît le plus éternel. Le sable est la mort qui ronge tout.
Les enfants jouent sur le sable et parfois je me dis qu'ils marchent sur la poussière de leur planète.
Ma vie s'égrenne elle aussi, lentement, inexorablement. Tant de choses que je ne vis pas, tant de plaisirs que je n'ai pas, tant de mensonges que je ne corrige pas. Je n'ai pas le temps.
Qu'ai-je donc, puisque je n'ai pas le temps ? J'ai mon corps, un corps qui finira, justement, en poussière.
J'imagine ces mains en train de s'effriter et de tomber en morceaux, j'imagine mes jambes à l'état de sable. Les enfants viendront-ils jouer sur le sable ? Viendront-ils courir et rire sur les sédiments qui seront les ultimes traces de mon corps en décomposition ?
Nous savons tous qu'une nouvelle vie naîtra de notre mort, que nous laisserons la place à quelqu'un d'autre. Je suis prêt à l'accepter. Seulement parfois je me demande : de qui ai-je pris la place ? Montrez-moi celui qui est mort pour me permetre de naître ; je veux le voir, rien qu'une fois, juste l'apercevoir, rien que pour être sûr que je me souviendrai de lui. Est-il au paradis, me regarde-t-il depuis sa tombe ? est-il en train de me juger ? Je veux le voir, mais je ne supporterai pas son regard ; tous ces hommes sont morts pour mon confort, pour ma liberté, pour tout ce qui fait ma vie.
Je voudrais tellement croire que ça en vallait la peine.
Ma pensée est vent.
Ma mémoire est sable.
Mon avenir est poussière.

26 juil. 2004

"est-ce que je suis bien celle qui travaille à ce bureau ?"
"qui pourrait savoir qui est F****** P********* ?"

Quand est-ce qu'on peut dire que je me sens vraiment exister, et vraiment être moi-même ?
Aucune idée.
Sur scène peut-être, paradoxalement en jouant un rôle.
Et puis non. A la piscine, sur mon vélo, lors d'un effort physique. Sur une paroi, lorsqu'il ne faut pas tomber. Et puis je tombe, mais quelqu'un me retient.
Et puis non. Dans un lit lorsqu'on partage tout.
Et puis non. Dans un mail où je déballe tout en tentant d'être le plus honnête possible.
Et puis non. Dans les blogs ou sur les feuilles de papier, là où il faut dire les choses et là où elles s'emmèlent.

Car c'est bien là que nous sommes le plus : dans nos contradictions.
Dans mon cas je ne suis que le résultat difforme d'expériences et de rencontres diverses. Je ne suis pas moi-même, je ne sais pas quelle opinion je pourrais avoir sur moi-même. Je ne sais même pas si je peux avoir une opinion sur quoi que ce soit. J'ai l'opinion que j'emprunte à certains. Je garde celle que je préfère. Je suis mes préfèrences.

Mais lorsque je ne sais plus ce que je préfère, lorsque je suis face à un mur parce qu'aucune solution n'est viable, parce que je préfère ne pas y réfléchir et faire juste, justement, ce que me disent mes sensations.
Voilà ce que je suis.
Une boule de sensations.
Des couleurs, de la chaleur, des envies.
Egoïste, inconsistante, inconstante, irresponsable, inaccessible, insouciante, irréelle, idéale.
Dangereuse.

Je me perds dans les nuages et je n'ai aucune envie de revenir sur terre. Je n'ai pas tant envie de lucidité que ça. ça viendra bien assez tôt. Et si ça ne venait jamais ?

21 juil. 2004

Il me semble que je suis peut-être en pleine "crise identitaire", cce qui signifie que ces derniers temps je ne sais plus vraiment qui je suis, ou plutôt j'ai du mal à me faire à l'idée que je suis bel et bien quelqu'un à part entière.
Cela m'apparaît parfois quand je prends un soudain recul sur ce que je suis en train de faire où l'endroit où je me trouve, je me sens surpris : comment suis-je arrivé là ? Est-ce que je me souviens bien avoir fait tout ça, être bien l'homme qui travaille à ce bureau ?
Ce phénomène m'a frappé de manière particulièrement vive hier en début d'après-midi, des gens de différents services de ma société se connectaient à une conférence téléphonique et je me suis connecté très tôt. Au milieu du brouhaha des gens inconnus, ou que je ne connais que par leurs voix, ces gens qui s'asseyaient, se raclaient la gorge, toussaient, j'ai entendu, très nettement, deux voix de femmes que je n'ai pas reconnues, des voix ténues, comme des chuchotements au ras du combiné, et l'une demandait : "qui est Nicolas Palierne ?" et l'autre de répondre : "qui peut le savoir ?"
Et c'est tout.
Et ces deux phrases m'ont vraiment stupéfait, deux personnes que je n'avais jamais vues, qui lisaient sans doute une liste des participants à la conférence, et qui se demandaient qui j'étais, je me suis senti tout à coup exister réellement, pas juste un objet bruyant posé sur une chaise, un vrai être humain défini par ses actes et pas seulement par son rôle, par ses papiers, par son adresse mail. Et elles se demandaient qui j'étais, et je me suis dit : qui peut se demander sur cette Terre qui je suis ? Qui peut le savoir ? La coincidence entre cette phrase anodine et la réalité de ma dépression a engendré un écho en moi.
Le nom lui-même, sa sonorité familière, me paraît surprenante, tout comme je ne reconnais mon visage dans la glace qu'en faisant un réel effort d'auto-suggestion, quand tous mes sens me disent : "Ni*co*las Pa*lie*rne, ce n'est pas mon nom... et ce visage qui me regarde dans les yeux, ce ne peut pas être le mien..." alors je me force, et je me convaincs à contre-coeur qu'il s'agit bien de mon nom et que dans ce miroir il n'y a que moi.
Je crois que malgré tout j'existe à mon travail, d'une manière surprenante, loin de celle à laquelle j'aspirais, mais j'existe. Je méprisais auparavant les gens qui ne se consacraient qu'au travail, mais à présent je comprends mieux, je découvre qu'il faut se trouver là où on existe. On peut ne pas exister au sein de sa famille. On peut être transparent dans son couple, et tout seul on n'existe pas. Mais à mon travail, j'ai la sensation d'être réel, d'être opaque, d'effectuer des actions qui ont des conséquences sur la vie des gens. Curieusement, il s'agit là d'un pouvoir que je crois n'avoir jamais eu auparavant ; il s'agit d'un pouvoir grisant mais effrayant en même temps, le pouvoir de forcer un type à rester travailler jusqu'à minuit, celui de virer ou d'embaucher des prestataires. J'appuie sur la surface de leur vie.
Et les deux inconnues murmurent, en un souffle, "qui est Ni*co*las Pa*lie*rne ?" et je voudrais tant avoir quelque chose de fort à leur répondre, quelque chose d'intelligent, de profond, mais comme je ne suis rien de tout ça, je dis juste, à voix haute, et tous les participants à la conférence l'entendent nettement :
"Ni*co*las Pa*lie*rne, c'est moi."
Et je me suis senti particulièrement inexistant.